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Pesticides néonocotinoïdes

Sujets: Contaminants et dangers, Pesticides

Les néonicotinoïdes (aussi appelés néonics) sont des insecticides dérivés de la nicotine. Ils agissent en se liant fortement aux récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine du système nerveux central des insectes, ce qui a pour effet de surstimuler leurs cellules nerveuses, de provoquer une paralysie et, ultimement, la mort. Très hydrosolubles, les néonicotinoïdes persistent dans l’environnement et peuvent pénétrer dans toutes les parties des plantes traitées.

Principalement utilisés en agriculture pour le traitement des semences et des sols ainsi que sur le feuillage des plantes, les néonicotinoïdes peuvent également être utilisés dans les jardins et les cours de particuliers, sur les terrains de golf et dans des traitements contre les puces et les tiques destinés aux chats et aux chiens. Introduits au Canada dans les années 1990, cinq néonicotinoïdes sont approuvés à des fins agricoles au pays. Parmi ceux-ci, l’acétamipride et le thiaclopride sont approuvés pour des usages restreints. En avril 2019, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) du Canada a publié sa réévaluation des trois néonicotinoïdes les plus répandus : l’imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame.

De nouvelles règles visant à réduire le risque que les pollinisateurs entrent en contact avec les plantes et les fleurs contaminées par ces trois composés seront introduites progressivement d’ici le printemps 2021. Les changements comprendront ce qui suit :

  • La plupart des traitements foliaires avant la floraison seront interdits;
  • L’utilisation sur les fruits à noyau, les fraises et certaines noix sera cessée;
  • De nouvelles restrictions liées à un certain nombre d’autres cultures et sols ont été instaurées;
  • Des précautions supplémentaires seront maintenant requises durant l’ensemencement avec des graines traitées aux néonicotinoïdes pour éviter l’exposition des pollinisateurs à la poussière contaminée.

D’autres décisions visant la protection de la vie aquatique devraient être prises au début 2020 (Santé Canada, 2017).

La sensibilité du public aux dangers des néonicotinoïdes émane de la médiatisation de la mort des abeilles et d’autres pollinisateurs ainsi que du syndrome d’effondrement des colonies. Comme le montre l’aperçu ci-dessous, on dispose de données probantes indiquant une exposition environnementale et alimentaire aux néonicotinoïdes et à leurs métabolites chez les humains, mais il demeure une incertitude quant aux risques pour la santé humaine.

L’étude de leur évolution dans l’environnement montre que les néonicotinoïdes se trouvent dans les environnements et les aliments, et sur les animaux de compagnie :

  • Dans le cadre de plusieurs études canadiennes, on a détecté la présence de résidus de néonicotinoïdes dans des marécages, des eaux de surface et des terres agricoles (p. ex., Schaafsma et coll., 2015, Main et coll., 2014).
  • Des résidus de néonicotinoïdes se trouvent dans la plupart des parties comestibles des fruits et légumes et ne peuvent pas être éliminés par le rinçage. L’imidaclopride serait le plus fréquent (Chen et coll., 2014).
  • Les résidus de néonicotinoïdes provenant des traitements contre les puces chez les animaux peuvent être transférés jusqu’à quatre semaines après l’application, et potentiellement exposer les personnes qui entrent en contact avec les animaux traités (Craig et coll., 2005).

Les données probantes indiquent aussi que la population générale est exposée aux pesticides néonicotinoïdes par son alimentation. Bien que la quantité moyenne de composés ingérée par une personne dans sa nourriture ne semble pas dangereuse, il est possible que certains segments de la population soient exposés au-delà des seuils recommandés :

  • Les estimations de l’exposition pour la population américaine indiquaient que, même si la quantité moyenne ingérée dans l’alimentation peut être considérée comme sûre, il existe un potentiel d’exposition à une dose supérieure à la valeur de référence pour l’exposition chronique chez les personnes qui consomment beaucoup d’aliments très contaminés (p. ex., courges et épinards) (Chang et al. 2018).
  • Selon Santé Canada, la quantité de néonicotinoïdes présente dans l’environnement est inférieure aux taux préoccupants pour la santé humaine (Santé Canada, 2016). Les personnes qui manipulent des pesticides néonicotinoïde peuvent avoir un risque d’exposition supérieur à celui de la population générale, mais elles peuvent le réduire en respectant les précautions indiquées sur les étiquettes des produits (p. ex., utilisation de vêtements et d’équipement de protection) (Santé Canada, 2018).
  • Une étude japonaise a montré des expositions généralisées aux résidus de néonicotinoïdes, mais la quantité de composés ingérés était encore considérée comme sûre (Harada et coll., 2016).

Plusieurs études observationnelles chez les humains et les animaux indiquent qu’il pourrait y avoir des effets développementaux et neurologiques néfastes associés à l’exposition chronique aux pesticides néonicotinoïdes.

  • Une revue systématique de quatre études sur la population générale a montré la présence d’un lien entre l’exposition chronique aux néonicotinoïdes (tous âges, y compris les fœtus) et des issues développementales et neurologiques indésirables (Cimino et coll., 2017 [en anglais seulement]).
  • L’Autorité européenne de sécurité des aliments en est venue à la conclusion que l’imidaclopride et l’acétamipride pourraient nuire au développement et à la fonction des neurones, mais que d’autres études scientifiques sur le sujet sont nécessaires (Autorité européenne de sécurité des aliments, 2014).

Cette page thématique vise à fournir des ressources à jour sur les risques pour la santé humaine associés à l’exposition aux néonicotinoïdes, les solutions de rechange plus sûres et les lacunes dans les connaissances. Étant donné les récents changements réglementaires concernant ce groupe de pesticides, la liste comprend aussi plusieurs documents fondés sur des données probantes préparés par les autorités réglementaires détaillant les nouvelles restrictions et lignes directrices, et expliquant les motifs des changements. Ces documents présentent également des données scientifiques à jour.

Ressources externes

  • Néonicotinoïdes (Commission européenne, 2019) [en anglais seulement]
    Ce document donne des renseignements sur les néonicotinoïdes et parle des mesures prises par la Commission européenne pour protéger les abeilles mellifères. Parmi ces mesures, on retrouve l’imposition de restrictions quant à l’emploi des trois principaux néonicotinoïdes dans les semences traitées et les produits de protection des plantes. Le rapport confirme que la plupart des néonicotinoïdes sont plus toxiques pour les insectes et autres invertébrés que pour les humains et les organismes supérieurs; cependant, un composé, le thiaclopride, a des propriétés perturbant la fonction endocrine et pourrait ne pas être réapprouvé en 2020.
     
  • Néonicotinoïdes : confirmation du risque pour les abeilles (Autorité européenne de sécurité des aliments, 2018)
    Ce document résume les évaluations des risques et les lignes directrices portant sur chaque néonicotinoïde, et les risques pour les pollinisateurs. Des liens vers les évaluations révisées par les pairs sont fournis.
     
  • Mise à jour concernant les pesticides de la classe des néonicotinoïdes (Santé Canada, 2017).
    Ce document parle de l’utilisation des néonicotinoïdes et des inquiétudes liées à leur effet sur les pollinisateurs. Une évaluation des risques pour la santé humaine de l’imidaclopride a conclu que ces derniers se trouvaient dans les limites acceptables.
     
  • Étude de cas : les néonicotinoïdes (Santé publique Ontario, 2015) [en anglais seulement]
    Cette étude de cas décrit les risques que posent les néonicotinoïdes pour les abeilles, fournit de l’information sur les règlements en vigueur et les éléments écosystémiques à considérer, parle de la sécurité des aliments et s’intéresse aux concentrations résiduelles de néonicotinoïdes dans les fruits et les légumes.

Publications à comité de lecture

  • Solutions de rechange aux néonicotinoïdes (Jactel et coll., 2019) [en anglais seulement]
    Cet article résume les utilisations et les risques pour l’environnement et la santé de cinq pesticides néonicotinoïdes et évalue des solutions de rechange pour la gestion des organismes nuisibles dans le contexte des restrictions réglementaires récentes en Europe. Pour chaque solution, on examine l’efficacité contre les organismes ciblés et les effets néfastes sur les espèces non ciblées et l’environnement. Les chercheurs ont conclu que dans 96 % des cas, une solution de rechange peut être trouvée et que dans 78 % des cas, au moins une substance chimique de rechange existe.
     
  • Tendances en matière de résidus de pesticides néonicotinoïdes dans les aliments et l’eau aux États-Unis, 1999-2015 (Craddock, 2019) [en anglais seulement]
    Cet article utilise les données du programme de données sur les pesticides du département de l’Agriculture des États-Unis pour examiner les tendances en matière de concentrations de résidus dans les produits d’alimentation courante aux États-Unis. Bien que les concentrations trouvées soient basses, l’utilisation de certains composés est en hausse. On recommande d’accroître la surveillance, de faire des études de biosurveillance et de mettre la priorité sur les groupes à risque élevé.
     
  • Revue de l’exposition potentielle des humains aux insecticides néonicotinoïdes (Zhang et coll., 2018) [en anglais seulement]
    Cette revue s’intéresse à des articles publiés avant 2017 portant sur l’exposition humaine aux néonicotinoïdes et la biosurveillance en la matière; elle indique un risque d’exposition humaine aux néonicotinoïdes en raison de leur utilisation répandue et de leur longue demi-vie.
     
  • Résidus des néonicotinoïdes dans les fruits et légumes : une approche d’évaluation intégrée de l’exposition alimentaire (Lu et coll., 2018) [en anglais seulement]
    Cette étude transversale porte sur l’analyse de résidus de sept néonicotinoïdes dans des échantillons de fruits et de légumes prélevés dans le cadre d’études américaines et chinoises. L’imidaclopride et le thiaméthoxame ont été détectés dans plus de la moitié des échantillons. Les auteurs ont conclu que les néonicotinoïdes font maintenant partie intégrante des aliments de base, ce qui pourrait avoir des répercussions sur la santé des humains.
     
  • Connaître les pesticides courants : plus d’études sur les néonicotinoïdes et la santé humaine sont nécessaires (Seltenrich, 2017) [en anglais seulement]
    Cet article scientifique met en évidence l’étendue de l’utilisation des néonicotinoïdes et souligne les préoccupations relatives aux possibles effets indésirables de doses sublétales de ces insecticides sur les mammifères, ce qui indiquerait un potentiel de répercussions sur la santé humaine.
     
  • Aperçu de l’exposition humaine aux insecticides néonicotinoïdes et évaluation de leur toxicité potentielle (Han et coll., 2017) [en anglais seulement]
    Cette recension narrative résume des études portant sur l’exposition humaine aux néonicotinoïdes et l’effet de ces substances sur la santé, et évalue la toxicité potentielle des néonicotinoïdes chez l’humain.

 

Cette liste ne se veut pas exhaustive; une ressource peut donc être pertinente sans s’y retrouver.

 

Dernière mise à jourjanv. 21, 2020