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Le gaz poivré dans l’environnement intérieur et à proximité des produits alimentaires et des surfaces de préparation d’aliments

Sujets: Aliments, Air, Contaminants et dangers, Air intérieur, Agents chimiques

Le gaz poivré est pulvérisé durant une tentative de vol d’une bijouterie dans un grand centre commercial. La tentative a lieu à proximité d'une aire de restauration d'un centre commercial. Pendant plusieurs jours, les clients du centre commercial font état de symptômes désagréables (p. ex., une sensation de brûlure dans les yeux et la gorge) lorsqu’ils rentrent dans l’aire de restauration. Il est demandé à des inspecteurs en santé publique (ISP) de répondre aux problèmes liés à une contamination dans l’aire de restauration.
 

Qu’est-ce que le gaz poivré?
 
Le gaz d'oléorésine de Capsicum (OC), aussi connu sous le nom de gaz poivré, est utilisé dans les répulsifs à ours et à chiens, les vaporisateurs pour la défense personnelle et par la police.1 Le gaz poivré provoque des irritations et des inflammations, ainsi qu’une variété de signes et de symptômes touchant les yeux, la bouche, la gorge, les poumons et la peau. Au Canada, le gaz poivré fait partie de la catégorie des armes prohibées.2
 
De quoi le gaz poivré est-il composé?
 
Le gaz poivré contient de l'oléorésine de Capsicum (OC), une résine huileuse dérivée du piment de Cayenne.1 L'OC contient des capsaicinoïdes, y compris un composant extrêmement piquant, la capsicine.1,3,15,16 Les capsaicinoïdes donnent au piment son goût très épicé. L’intensité des formulations d’OC et leurs effets toxicologiques dépendent du montant de capsaicinoïdes (capsicine) dans le produit.3
 
En plus de l’OC, le gaz poivré contient aussi un solvant de support tel que l’alcool à friction ou un hydrocarbure.1
 
Quels sont les effets du gaz poivré sur la santé humaine?
 
L’exposition aux OC peut provoquer des effets indésirables lors du contact avec la peau, les yeux, les muqueuses ou suivant une inhalation ou une ingestion. L’apparition des symptômes est immédiate. La gravité des symptômes dépend de la concentration, la durée d’exposition et la proximité de la pulvérisation du gaz.1
 
Les yeux : Sensation de picotement, de brûlure, yeux larmoyants et rouges, perte temporaire de la vision. 8 % des personnes exposées ont fait état d’abrasions cornéennes.
 
La peau : Sensation de picotement, douleur de brûlure, rougeur et occasionnellement de la vésication.
 
Voie respiratoire, inhalation : Sensation de brûlure dans le nez et la gorge, toux et éternuements. Éventuellement, respiration sifflante et essoufflement. Laryngospasme et bronchospasme peuvent également se produire, accompagnés de stridor et d'anxiété secondaire. Dans des cas très rares, cela peut se transformer en difficultés respiratoires importantes; la cyanose, l'apnée et l'arrêt respiratoire ont été également signalés.15
 
Les personnes asthmatiques peuvent avoir des symptômes plus graves.1
 
Ingestion : Sensation de brûlure ou de picotement dans la bouche, nausée et vomissements (noter que la nausée peut se produire après une exposition par inhalation aiguë aux OC).
 
D’autres effets systémiques peuvent inclure la désorientation, la panique et la perte de contrôle de l’activité motrice.4
 
Dans la majorité des cas, les effets irritants du gaz poivré durent environ 30 minutes.4,17 Cependant, de nombreuses de réactions graves ont été signalées.
 
Comment le gaz poivré peut-il avoir des effets sur la santé?
 
L’OC peut produire des effets irritants localisés ainsi qu'une inflammation neurogène.15 Il est possible que la capsicine agisse sur les nerfs sensoriels périphériques. Elle peut susciter la libération de composés peptidiques situés dans les terminaisons nerveuses, y compris le neurotransmetteur substance P. La substance P est source de vasodilatation, de désorption du plasma des capillaires et d’une sensation de douleur. Cet effet, connu sous le nom d’inflammation neurogène, peut se produire dans les réseaux vasculaires, les glandes endocrines et le muscle lisse. Dans les voies respiratoires, la déplétion de la substance P provoque l’activation des mastocytes qui par la suite libèrent de l’histamine. Cela produit de la broncho-constriction, avec une oppression thoracique, la dilatation des vaisseaux sanguins locaux et la formation de mucosités.
 
Notez qu'une exposition de longue durée à la capsicine peut créer de l’hyposensibilisation.3,4 Le gaz poivré provoque une sensation de brûlure et de douleur sur les parties exposées, mais après un certain temps, la peau s’habitue et perd toute sensibilité à la douleur et à la température; cette sensation peut durer plusieurs jours.4
 
Comment gérer l’exposition humaine au gaz poivré?
 
Une personne exposée au gaz poivré doit sortir immédiatement de l’environnement contaminé et se rendre dans un espace bien aéré (p. ex., à l’extérieur en plein air). Les vêtements doivent être retirés et placés dans des sacs de plastique scellés.1,17 Les personnes exposées ne doivent surtout pas toucher leur visage ou se frotter les yeux.17
 
Les yeux doivent être rincés pendant environ 20 minutes avec de grandes quantités d’eau froide.15 Les lentilles de contact doivent être retirées dès que possible et les lentilles souples doivent être jetées car elles retiendront assez de contaminants pour les rendre inutilisables.
 
Plusieurs sources suggèrent de laver la peau avec un savon sans huile ou à base de cold-cream et une grande quantité d’eau froide, en s’assurant de bien nettoyer les plis, les replis, les rides et l’aine. Les brûlures doivent être soignées de la même façon que toute autre brûlure chimique. Dans des cas graves de dermatite et d’érythème, il est possible d’utiliser des stéroïdes topiques.
 
Si les difficultés respiratoires ne s’améliorent pas, l’oxygène humidifié peut les soulager, mais de temps à autre, l’inhalation des agonistes bêta-2 ou de l’aminophylline est nécessaire pour traiter le bronchospasme.
 
Comment gérer la pulvérisation du gaz poivré dans un environnement intérieur?
 
Les environnements intérieurs posent un problème plus important, en raison d'une ventilation moindre que celle de l'extérieur. Quand le gaz poivré est pulvérisé, il se disperse dans l’environnement intérieur. Les individus présents à cet instant peuvent facilement être atteints, ainsi que d’autres personnes qui entrent dans cet environnement contaminé. En général, la décontamination d'une zone affectée requiert l'ouverture des portes et des fenêtres afin d'aérer l'espace clos.3 Plusieurs facteurs détermineront la durée de temps requise pour la ventilation, dont la quantité de ventilation nécessaire à la zone et le degré de contamination.
 
Comment gérer la pulvérisation de gaz poivré à proximité des produits alimentaires et des surfaces de préparation d’aliments?
 
Les surfaces de préparation et les produits à proximité d'une pulvérisation de gaz poivré peuvent être contaminés. Dans l'exemple présenté ici, le gaz poivré avait été pulvérisé près des aliments et des surfaces de préparation d'aliments. Aucune ligne directrice n'a été identifiée pour ce qui est de la décontamination des produits alimentaires et des surfaces de contact. Les mesures qui suivent sont donc des principes généraux :
  • Puisque l’OC est une résine huileuse, il est recommandé de nettoyer les surfaces avec de l'eau et un détergent doux (ne pas utiliser de nettoyant à base d’huile).
  • Il est nécessaire de jeter les aliments qui ne sont pas protégés de la contamination atmosphérique.
  • Aucune information disponible ne décrit comment les fruits et légumes avec une peau ou les aliments emballés peuvent être décontaminés de façon efficace. Il est difficile de garantir que tout le contaminant résiduel a été éliminé totalement par le lavage. En outre, le degré de contamination peut varier en fonction de la distance entre les aliments et la pulvérisation, de la ventilation de la zone affectée, etc. En conséquence, il n'existe pas de preuve concluante pour déterminer que la décontamination a bien été effectuée. Il est donc recommandé de jeter tous les aliments (même protégés) qui ont été contaminés par la pulvérisation du gaz poivré.
D’après certaines informations, le gaz poivré serait biodégradable19, cependant, il n’existe pas de données scientifiques pour identifier le temps que cela prendrait et si cette biodégradabilité dépend des types de surfaces.
 
Quelle sorte de protection est recommandée pour le personnel qui doit gérer une pulvérisation du gaz poivré?
 
Toute personne qui nettoie les environnements contaminés par le gaz poivré ou qui prête assistance aux individus exposés doit utiliser un équipement de protection des muqueuses et de la peau de la contamination. Cela inclut des gants, des lunettes protectrices, des vêtements de protection et un respirateur doté d'un système de filtration de type chimique ou mécanique qui élimine les particules, les gaz et les vapeurs.5
 
Existe-t-il des ressources pour en apprendre plus?
 
Le British Columbia Drug and Poison Information Centre ou BC-DPIC (Centre d’information anti-poison de la Colombie-Britannique) dispose d’une fiche d'information sur le gaz poivré disponible sur le site ci-après : http://dpic.org/faq/pepper-spray-and-chili-peppers
 
Questions ouvertes
  1. Combien de temps faut-il à l’OC pour se biodégrader? Combien de temps l'OC reste-t-elle sur les surfaces et cela varie-t-il avec le type de surface?
  2. Est-ce que la décontamination est suffisante si les fruits et les légumes avec peau, ainsi que les aliments emballés sont lavés ou faut-il jeter tous les produits exposés?
  3. Comment décontaminer les systèmes de ventilation après la pulvérisation du gaz poivré?
Remerciements
 
Nous tenons à remercier Tom Kosatsky et Sion Shyng pour leur importante collaboration et leur relecture de ce document.
 
Références
  1. British Columbia Drug and Poison Information Centre (BC-DPIC).  Pepper spray and chili peppers.
  2. Canada Border Services Agency. Importing a firearm or weapon into Canada
  3. Archuleta MM. Oleoresin Capsicum Toxicology Evaluation and Hazard Review. 1995.  Printed by Sandia National Laboratories for the United States Department of Energy.
  4. Busker RW, van Helden HPM.  Toxicologic Evaluation of Pepper Spray as a Possible Weapon for the Dutch Police Force: Risk Assessment and Efficacy.  American Journal of Forensic Medicine & Pathology 1998; 19(4): 309-16.
  5. Miller DS. Review of Oleoresin Capsicum (Pepper) Sprays for Self Defense Against Captive Wildlife.  Zoo Biology 2001; 20(5): 389-98.
  6. Vesaluoma M, Müller L, Gallar J, Lambiase A, Moilanen J, Hack T, Belmonte C, Tervo T.  Effects of Oleoresin Capsicum Pepper Spray on Human Corneal Morphology and Sensitivity. Investigative Ophthalmology and Visual Science 2004; 41: 2138-2147.
  7. Cichewicz RH, Thorpe PA. The antimicrobial properties of chile peppers (Capsicum species) and their uses in Mayan medicine.  Journal of Ethnopharmacology 1996; 52: 61-70.
  8. Centers for Disease Control and Prevention (CDC).  Fact sheet: facts about riot control agents interim document
  9. Brown L, Takeuchi D, Challoner K. Corneal abrasions associated with pepper spray exposure. American Journal of Emergency Medicine 2000;18:271-2.
  10. Smith J, Greaves I.  The use of chemical incapacitant sprays: a review. The Journal of Trauma: Injury, Infection, and Critical Care 2002; 52(3): 595-600.
  11. Sciencelab.com Inc. Material Safety Data Sheet (MSDS): Oleoresin capsicum.
  12. Claman FL, Patterson DL. Personal aerosol protection devices: caring for victims of exposure.  Nurse Practitioner 1995; 20: 11.
  13. Fitch JP, Raber E, Imbro DR.  Technology Challenges in Responding to Biological or Chemical Attacks in the Civilian Sector.  Science 2003: 302 (5649): 1350 – 1354.
  14. Raber E, Hirabayashi JM, Mancieri SP, Jin AL, Folks KJ, Carlsen TM, Estacio P.  Chemical and Biological Agent Incident Response and Decision Process for Civilian and Public Sector Facilities.  Risk Analysis 2002; 22(2). 
  15. Greenberg MI (editor-in-chief), Hamilton RJ, Phillips SD, McCluskey GJ (eds.). 2003.   Occupational, industrial and environmental toxicology, 2nd ed: Mosby.
  16. Olajos EJ, Stopford W. Riot control agents: issues in toxicology, safety and health. 2004. New York: CRC Press.
  17. Carron PN, Yersin B.  Management of the effects of exposure to tear gas.  BMJ 2009; 338.
  18. University of California Police Department.  B-Safe Bulletin. Mace & pepper spray.
  19. US Department of Justice, National Institute of Justice.  Oleoresin Capsicum: Pepper Spray as a Force Alternative. 1994.

Août 2010

Remarque