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Intoxication paralysante par les mollusques

Sujets: Aliments, Contaminants et dangers, Agents chimiques

Motif de l’enquête

Le 18 juin 2010, un cueilleur commercial a informé un spécialiste de l’inspection de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) de quatre cas soupçonnés de maladie liée à l’IPM qui se sont produits le 17 juin 2010. L’ACIA a lancé une enquête et un processus de retraçage, et a informé les services de santé publique concernés des maladies pour assurer le suivi des cas. Vous êtes l’épidémiologiste qui travaille au bureau de santé publique local concerné par les cas.

Qu’est-ce que l’intoxication paralysante par les mollusques?

L’IPM survient après l’ingestion de mollusques bivalves (p. ex., moules, huîtres, myes, pétoncles), de gastéropodes (ormeau) ou de crustacés (crabe, homard) contenant des biotoxines1,2. Les biotoxines causant l’IPM sont présentes partout dans le monde – elles sont produites par des micro-organismes marins toxiques qui s’accumulent dans les mollusques exposés1-3. Il existe plus de 20 biotoxines causant l’IPM; elles sont appelées collectivement saxitoxines3.

Quels sont les symptômes de l’IPM?

L’IPM peut être mortelle; par conséquent, la réaction des services de santé publique aux cas soupçonnés d’IPM doit être rapide et coordonnée. Le délai entre l’ingestion et l’apparition des effets cliniques varie de 15 minutes à 10 heures, la médiane étant d’une heure1,2. Les premiers symptômes comprennent le fourmillement ou l’engourdissement de la langue et des lèvres qui s’étend au visage, au cou, aux doigts et aux orteils. On peut aussi souffrir de maux de tête, de nausées, de vomissements, de diarrhées, d’hyper-salivation, de fièvre et de diaphorèse. Les personnes exposées peuvent décrire une sensation d’étourdissement ou de « flottement » provoquée par la distorsion des sens et de la proprioception. Les symptômes subséquents sont la paresthésie généralisée, la faiblesse des bras et des jambes ainsi que l’ataxie. Dans les cas graves, la paralysie et l’insuffisance respiratoire peuvent se développer rapidement (dans les 24 heures). Le taux de progression des symptômes est lié à la gravité de l’empoisonnement. Chez les patients présentant un empoisonnement léger ou modéré, les effets se dissipent après deux ou trois jours, mais dans les cas graves, la faiblesse peut persister jusqu’à une semaine. La plupart des décès ont lieu rapidement, en général dans les 12 heures.

Information concernant la maladie

Quatre personnes ont mangé des huîtres crues (de 4 à 10 par personne) et des palourdes japonaises cuites (de 5 à 20 par personne) le 17 juin 2010. Des symptômes sont apparus dans les 15 minutes : les quatre personnes ont mentionné le fourmillement de la bouche et des doigts. Les symptômes ont disparu au début de la soirée chez trois des personnes; la quatrième était toujours symptomatique le lendemain matin, car elle ressentait un fourmillement aux orteils. Cette personne a été admise au service des urgences d’un hôpital le 18 juin 2010.

Que peut-on faire pour les personnes qui présentent les symptômes décrits ci-dessus et qu’on soupçonne d’être atteintes d’une maladie liée à l’IPM?

Il n’y a pas d’antidote pour l’IPM, et tous les cas exigent des soins médicaux immédiats. La gestion des personnes cliniquement malades consiste principalement à les soutenir. Il faut absolument assurer une surveillance étroite aux premiers stades de l’empoisonnement afin de pouvoir détecter et traiter immédiatement et efficacement toute progression vers la paralysie ou l’insuffisance respiratoire.

Quels tests existent présentement au Canada pour l’IPM?

L’analyse en laboratoire servant à déceler l’IPM liée aux mollusques consiste dans la chromatographie liquide à oxydation postcolonne (LC PCOX)4. Ce nouveau test, qui remplace la technique traditionnelle de l’essai biologique sur souris utilisée depuis les années 1950, sépare les échantillons de fluide au niveau moléculaire, ce qui permet de déceler et de mesurer chaque composé toxique. Le diagnostic de l’IPM chez l’humain se fonde principalement sur le tableau clinique et l’exposition récente à des mollusques.

Les mollusques cuits peuvent-ils provoquer l’IPM?

Oui. La cuisson NE DÉTRUIT PAS les toxines qui causent l’IPM.

Vous attendez-vous à un tel nombre de cas d’IPM?

Non. En C.-B., nous ne devrions voir aucun cas d’IPM.

Quel est le seuil de l’épidémie? A-t-il déjà été atteint?

Le seuil de l’épidémie est le niveau de maladie au-dessus duquel une intervention urgente est nécessaire. Ce seuil varie d’une maladie à l’autre et dépend de l’infectiosité ou de la toxicité, d’autres déterminants de la transmission ou de l’acquisition et des niveaux locaux d’endémicité. Puisque nous ne prévoyons aucun cas d’IPM en C.-B. et que l’IPM peut être mortelle, le seuil de l’épidémie a été atteint dans ce scénario.

S’il n’y avait qu’un cas soupçonné d’IPM, réagiriez-vous de la même façon ou différemment?

La réaction serait identique, car l’IPM peut être mortelle et un cas suffit à atteindre le seuil de l’épidémie et à déclencher l’intervention.

Quelle serait votre approche initiale en ce qui concerne ces cas signalés?

La réponse devrait mentionner :

  1. Réaction en temps opportun (immédiate)
  2. Intervention active
    1. Définir les cas et déterminer les personnes courant le risque de tomber malades.
    2. Lancer la recherche d’autres cas et interroger les personnes déjà exposées. Utiliser le formulaire Shellfish Related Illness Surveillance Form (SRISF – surveillance des maladies liées aux mollusques) : www.bccdc.ca/NR/rdonlyres/66BC1337-C0A1-46FF-8D16-89D737432427/0/mollusq...
    3. Isoler le produit alimentaire suspect pour l’analyser, s’il est disponible.
    4. Recommander la fermeture du site de cueillette.
    5. Informer la collectivité et les partenaires en santé publique.
  3. Intervention collaborative
    1. Informer les agents de santé environnementale ou les infirmières de la santé publique du service de santé publique pour contribuer à la détermination des cas et à la collecte des produits alimentaires.
    2. Informer immédiatement l’ACIA. Faire le suivi auprès de l’ACIA, car elle a l’obligation d’enquêter de façon plus approfondie, surtout dans les cas où le produit a été livré à des transformateurs ou à des distributeurs, ou s’il y a un risque d’exportation hors de la province (ne pas oublier que la cueillette n’était pas encore suspendue dans le secteur). L’ACIA avisera les autres organismes fédéraux et leur demandera d’intervenir au besoin. Elle sera aussi en mesure d’effectuer d’autres analyses du produit, d’examiner les rapports de surveillance des biotoxines antérieurs, de recommander la fermeture du site de cueillette le cas échéant, de diffuser un avis de risque sanitaire (rappel) concernant le produit et d’examiner les dossiers des transformateurs.
    3. Assurer le suivi auprès du Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique (BCCDC), particulièrement dans les cas où plusieurs services de santé publique sont concernés et où le produit doit faire l’objet d’analyses.

Information concernant le produit

Environ 1 000 douzaines d’huîtres et 400 lb de palourdes japonaises ont été cueillies commercialement le 17 juin 2010. Ces mollusques ont été transformés par quatre transformateurs et ont été vendus à plusieurs membres de la collectivité locale. Le produit vendu à ces derniers a été consommé le même jour et ils sont tombés malades de la façon décrite plus haut. Dès qu’il a été informé des symptômes, le cueilleur commercial a appelé tous les transformateurs concernés et les a avisés qu’ils devaient retirer le produit. L’ACIA a également été informée immédiatement du problème et a appelé à son tour tous les transformateurs pour leur dire de retirer le produit. Tous les transformateurs touchés ont retiré volontairement les produits en question.

Jusqu’à présent, quels renseignements vaut-il la peine de communiquer et à qui?

Personne : qui court le risque de tomber malade?
Lieu : où les mollusques ont-ils été cueillis?
Moment : quand (plage de temps) ont-ils été cueillis?
Agent : IPM.

Aux membres du public en particulier, vous devrez indiquer les signes et les symptômes (SS) de l’IPM et recommander d’obtenir des soins médicaux immédiatement s’ils ressentent des SS associés à l’IPM après une exposition à des mollusques (manipulation ou ingestion).

Aux partenaires en santé publique, vous devrez préciser le nombre de malades, les SS ressentis, les résultats, le moment exact de l’incident, le lieu où les mollusques ont été cueillis et, dans la mesure du possible, la quantité cueillie. Tentez de déterminer si d’autres mollusques ont été distribués ou cueillis dans la même période et à qui ou par qui.

Quelle est la réaction prévue des services de santé publique dans ces cas?

Une intervention immédiate est nécessaire pour appliquer les mesures de contrôle et diffuser les avis publics. Les mesures de contrôle ciblent la source et les personnes susceptibles. Il faut notamment fermer le site de cueillette, mener une inspection plus poussée (responsabilité fédérale) et diffuser de l’information visant à modifier les comportements et les connaissances associés à la cueillette individuelle de mollusque et aux SS de l’IPM.

Réaction

Aucun autre produit n’a été cueilli au site touché du 10 au 17 juin 2010. L’ACIA a transmis les détails de l’enquête au Bureau de la salubrité et des rappels des aliments. Comme aucun autre produit n’a été distribué, il a été décidé de ne pas communiquer d’avis de risque sanitaire aux détaillants ou aux consommateurs.
Le BCCDC a affiché un avertissement du Réseau canadien de renseignements sur la santé publique le 19 juin 2010 pour informer les services de santé publique du risque de maladie qui guette les cueilleurs individuels.

Pouvez-vous donner d’autres exemples dans le domaine de la santé publique où un seul cas peut justifier une intervention? 

  • Botulisme
  • Anthrax
  • Diphtérie
  • Rage humaine
  • Salmonella typhi
  • Vibrio cholerae

Remerciements

Nous remercions Tom Kosatsky et Lorraine McIntyre d’avoir révisé le présent document et d’avoir fourni de précieux commentaires.

Bibliographie

  1. Isbister GK, Kiernan MC. Neurotoxic marine poisoning. Lancet Neurology. 2005;4(April):219-28.
  2. Brett MM. Food poisoning associated with biotoxins in fish and shellfish. Current Opinion in Infectious Diseases. 2003;16:461-5.
  3. La Barbera-Sánchez A, Franco Soler J, Rojas de Astudillo L, Chang-Yen I. Paralytic shellfish poisoning (PSP) in Margarita Island, Venezuela. Revista De Biología Tropical. 2004;52 Suppl 1:89-98.
  4. Agence canadienne d'inspection des aliments. Le gouvernement fédéral élabore une méthode d'analyse plus précise et rapide visant la détection de toxines dans les mollusques. Gouvernement du Canada; 2011 [cited 2012 November 22].

Links to commonly used websites for shellfish related inquiries in BC
BCCDC:

CFIA:

Environment Canada:

Department of Fisheries and Oceans:

Juin 2013

Remarque