Vous êtes ici

Se rafraîchir avec de l’eau

« Prenez des douches ou bains froids plusieurs fois par jour ou humidifiez-vous le corps avec un gant de toilette. » (Ville d’Ottawa, « La chaleur », 2009)
 
Comme on s’attend à une augmentation de la fréquence, de la gravité et de la durée des épisodes de chaleur extrême, il est important que la population générale connaisse les options qu’elle a pour se rafraîchir afin de prévenir les maladies liées à la chaleur et qu’elle soit au courant des traitements qui sont efficaces. Plusieurs moyens pour se rafraîchir sont recommandés.
 
Paradoxalement, la recherche sur ces moyens porte surtout sur les coups de chaleur à l’effort (CCE), qui surviennent généralement chez les personnes jeunes en bonne santé physique qui font des exercices dans un environnement chaud durant de longues périodes. Les crises cardiaques classiques (CCC), elles, touchent plus couramment les personnes plus âgées, les très jeunes enfants1 et les personnes ayant une maladie chronique (même si elles sont sédentaires), et sont souvent présentées de manière inexacte dans la documentation scientifique. Ceci crée de la confusion quant à la meilleure façon de se rafraîchir.
 
Quoi qu’il en soit, un coup de chaleur constitue une urgence médicale; plus on refroidit le corps rapidement (en quelques minutes), moins il y a de risques de dommages (permanents) aux organes, voire de décès rapide (heures).

Immersion dans l’eau glacée
La National Athletic Trainers’ Association et l’American College of Sports Medicine recommandent actuellement l’immersion dans l’eau glacée comme méthode la plus efficace pour traiter les CCE chez les athlètes, l’objectif étant de réduire la température du corps le plus vite possible.2,3 Il s’agit d’une méthode draconienne qui n’est peut-être pas pratique ou sécuritaire dans des situations où le médecin ne connaît pas bien le traitement des maladies liées à la chaleur. La méthode de l’immersion dans l’eau glacée comporte aussi des risques. On a notamment suggéré qu’elle provoquait la vasoconstriction périphérique, ce qui entraîne une élévation de la température centrale du corps.4,5 Cette théorie a récemment été réfutée6,7, ce qui porte à croire que cette méthode peut effectivement être utilisée pour abaisser la température centrale du corps, si le médecin est adéquatement formé et équipé, lors d’événements sportifs où l’on peut anticiper des coups de chaleur et où l’équipement et le personnel adéquats sont disponibles (p. ex., lors de marathons ou de compétitions/jeux d’équipe).
 
Un autre facteur important à garder à l’esprit est que la plupart des personnes trouvent désagréable l’immersion dans l'eau glacée et ne la tolèrent pas bien, particulièrement les adultes plus âgés et les personnes qui ont un système cardiovasculaire affaibli. Chez certaines personnes dont le système a déjà été affaibli, le choc peut provoquer un stress cardiopulmonaire. C’est pourquoi l’immersion dans l’eau glacée n’est pas généralement recommandée, sauf si elle est effectuée par du personnel médical d’urgence.
 
Toutefois, on devrait veiller avant tout à prévenir l’apparition d’une maladie liée à la chaleur en se rafraîchissant (ou en étant rafraîchi par un membre du personnel soignant) en cas d’exposition à la chaleur extrême. Il existe plusieurs moyens simples et pratiques de le faire.

Douches ou bains d’eau fraîche ou froide
Prendre un bain à l’eau fraîche ou froide est un moyen efficace de maximiser la perte de chaleur par conduction (mécanisme décrit à la rubrique « Appliquer de l’eau fraîche sur la peau »). Par contre, chez les personnes plus vulnérables (très jeunes ou très âgées, handicapées, etc.), prendre une douche ou un bain peut comporter des risques physiques (p. ex., risque de glisser et de faire une chute dans le bain).8 Par conséquent, il faut fournir un soutien approprié (barres d’appui, chaises en plastique, soutien fourni par un préposé, etc.). Un bain froid peut aussi être difficile pour le cœur de la personne qui a très chaud.9

Appliquer de l’eau fraîche sur la peau – avec ou sans ventilation
Cette méthode de rafraîchissement utilise partiellement la conduction, soit le transfert de chaleur par contact physique direct d’un objet chaud avec un objet plus froid. Le refroidissement par évaporation, soit le transfert de chaleur découlant de la transformation d’un liquide en gaz, joue aussi normalement un rôle important. La conductivité thermique de l’eau est 24 fois plus grande que celle de l’air; par conséquent, se mouiller le corps avec de l’eau fraîche permettra de dissiper la chaleur par conduction.
 
Appliquer sur la peau des compresses froides ou mouiller une personne vêtue d’eau fraîche ou froide, peut créer un certain inconfort, mais a pour effet de mettre en contact une plus grande masse d’eau absorbant la chaleur pour une plus longue période. Il faut répéter les applications d’eau au fur et à mesure que la compresse se réchauffe.
 
L’évaporation de l’eau du corps accroît la perte de chaleur. À des températures élevées (p. ex., plus de 35 °C), le principal mécanisme de thermorégulation est généralement le refroidissement par évaporation de la sueur. S’il n’y a pas de sueur (CCC) ou qu’elle ne peut pas perler ou ruisseler parce qu‘elle n’est pas suffisamment abondante (CCE), l’application d’eau causera une importante perte de chaleur par évaporation. La circulation forcée d’air (ventilation) accroît le taux d’évaporation. Cependant, la ventilation peut être inefficace à des températures ambiantes et à des taux d’humidité très élevés (voir ci-dessous).
 
Bien que ces deux méthodes aident à se rafraîchir, elles ne sont pas aussi efficaces que l’immersion du corps entier. En revanche, elles peuvent être utilisées par la personne qui a chaud, le secouriste, le personnel soignant à domicile, les services médicaux d’urgence, les membres du personnel ambulancier ou d’autres membres du personnel durant le transport à l’hôpital, par exemple, en cas de coup de chaleur.
 
Selon des principes physiologiques, mouiller ou humecter la peau avec de l’eau fraîche ou vaporiser celle-ci sur la peau cause une perte de chaleur par conduction. De plus, utiliser la ventilation sur la peau mouillée, particulièrement lorsque la température de l’air est inférieure à la température de la peau et que l’humidité n’est pas excessive, favorise le rafraîchissement dû à la perte de chaleur par évaporation.
Facteurs à considérer dans l’utilisation d’un ventilateur
 
L’utilisation seule de ventilateurs afin de se rafraîchir durant des périodes de chaleur et d’humidité extrêmes n’a pas été suffisamment étudiée; il est donc difficile d’évaluer les risques qui y sont associés. Une étude a révélé que « si l’on se base sur la température (centrale) œsophagienne durant des exercices intenses, intermittents et de courte durée, le rafraîchissement par ventilateur n’améliorait pas les résultats obtenus après les exercices par rapport au rafraîchissement qui se produisait dans des conditions passives à la température de la pièce ».10 En revanche, les auteurs ont constaté que lorsqu’on considère le contenu en chaleur de l’organisme, la ventilation permet une plus grande réduction que la méthode passive de la température de la pièce. Une autre étude a examiné l’effet d’une ventilation dirigée exclusivement sur le visage d’hommes acclimatés qui subissaient un stress thermique afin de maintenir la température du tympan à environ 37 °C. Les auteurs n’ont noté aucune différence dans la charge thermique lorsque l’on dirigeait la ventilation vers le visage.11
 
Des études épidémiologiques ont aussi donné des résultats variables. Certaines études n’ont trouvé aucun lien entre l’utilisation de ventilateurs électriques et les coups de chaleur12-14, tandis que d’autres ont conclu que les ventilateurs offraient une légère protection.15
 
Dans certaines conditions, on a suggéré que les ventilateurs pouvaient en fait aggraver les effets de la chaleur et accroître le risque d’une maladie liée à la chaleur. Par exemple, faire circuler l’air chaud intérieur (plus de 35 °C) durant des périodes de grande humidité peut être inefficace. Le problème est que dans ces conditions, il y a des gains de chaleur par convection (la température de l’air est plus élevée que la température de la peau) et le plus important moyen de perdre de la chaleur, soit le refroidissement par évaporation, est affaibli (en raison de l’humidité élevée).
 
[Pour en savoir davantage, consultez notre wiki à venir sur les ventilateurs, qui s’appuie en partie sur le calcul, fondé sur l’ISO, de combinaisons d’humidité relative et de température qui représentent la limite pour recommander l’utilisation des ventilateurs.]

Application de blocs réfrigérants
L’application de blocs réfrigérants sur le corps peut aider à rafraîchir une personne. Selon les lignes directrices générales, on doit placer les blocs réfrigérants près des artères principales du corps, comme sur le cou, l’aine et les aisselles, afin de refroidir le sang pompé dans les artères.16 Parce que le taux de refroidissement est beaucoup plus lent avec cette méthode qu’avec l’immersion dans l’eau glacée, elle n’est pas recommandée comme méthode efficace pour traiter un CCE7, mais elle peut être utile en cas de signes et de symptômes d’une maladie moins grave liée à la chaleur (p. ex. l’épuisement par la chaleur).
 
Tout comme pour l’eau froide, les blocs réfrigérants peuvent être utilisés par la personne qui a chaud, le secouriste, le fournisseur de soins à domicile, les services médicaux d’urgence, des membres du personnel ambulancier ou d’autres membres du personnel durant le transport à l’hôpital, par exemple, en cas de coup de chaleur.

Sommaire
Il existe diverses méthodes individuelles de rafraîchissement avec l’eau. Le choix le plus approprié dépend des réponses aux questions suivantes : 
  • La méthode est-elle utilisée de manière préventive ou pour traiter une maladie liée à la chaleur?
  • Dans le cas d’un traitement, la maladie met-elle la vie en danger (coup de chaleur)?
  • Si la méthode est utilisée de manière préventive, quelles sont les caractéristiques de la personne? Est-elle vulnérable?
  • L’air ambiant est-il extrêmement chaud et/ou humide? 
Lacunes et questions  
  • Quelles sont les combinaisons de température et d’humidité dans lesquelles la circulation forcée d’air (ventilateur) serait inappropriée pour les personnes touchées dont la peau est sèche ou mouillée?
  • À quel point le personnel médical d’urgence connaît-il les signes et les symptômes des coups de chaleur, est-il bien formé pour appliquer le traitement le plus efficace et est-il équipé de façon à fournir sans délai l’immersion en eau froide tout en connaissant les conséquences potentiellement néfastes de cette méthode?
  • Le risque pour le cœur, durant les douches ou les bains d’eau froide, est-il plus grand que le risque associé à la maladie liée à la chaleur, particulièrement chez les personnes âgées?

Références

  1. Luber GE, Sanchez CA, Conklin LM. Heat-related deaths -- United States, 1999-2003. Morbidity and Mortality Weekly Report1996;55(29):796-8.
  2. Binkley HM, Beckett J, Casa DJ, Kleiner DM, Plummer PE. National Athletic Trainers' Association Position Statement: Exertional Heat Illnesses. J Athl Train2002;37(3):329-43.
  3. Armstrong LE, Casa DJ, Millard-Stafford M, Moran DS, Pyne SW, Roberts WO. American College of Sports Medicine position stand. Exertional heat illness during training and competition. Med Sci Sports Exerc2007 Mar;39(3):556-72.
  4. Hart LE, Egier BP, Shimizu AG, Tandan PJ, Sutton JR. Exertional heat stroke: The runner's nemesis. Can Med Assoc J1980 May 24;122(10):1144-50.
  5. Wyndham CH, Strydom NB, Cooke HM, Maritz JS, Morrison JF, Fleming PW, et al. Methods of cooling subjects with hyperpyrexia. J Appl Physiol1959 September 1, 1959;14(5):771-6.
  6. Casa DJ, McDermott BP, Lee EC, Yeargin SW, Armstrong LE, Maresh CM. Cold water immersion: the gold standard for exertional heatstroke treatment. Exerc Sport Sci Rev2007 Jul;35(3):141-9.
  7. McDermott BP, Casa DJ, Ganio MS, Lopez RM, Yeargin SW, Armstrong LE, et al. Acute whole-body cooling for exercise-induced hyperthermia: a systematic review. J Athl Train2009 Jan-Feb;44(1):84-93.
  8. Mao SJ, McKenzie LB, Xiang H, Smith GA. Injuries associated with bathtubs and showers among children in the United States. Pediatrics2009 Aug;124(2):541-7.
  9. Kauppinen K. Sauna, shower, and ice water immersion. Physiological responses to brief exposures to heat, cool, and cold. Part II. Circulation. Arctic Med Res1989 Apr;48(2):64-74.
  10. Mitchell JB, Schiller ER, Miller JR, Dugas JP. The influence of different external cooling methods on thermoregulatory responses before and after intense intermittent exercise in the heat. J Strength Cond Res2001 May;15(2):247-54.
  11. Ogawa T, Ohnishi N, Yamashita Y, Sugenoya J, Asayama M, Miyagawa T. Effect of facial cooling during heat acclimation process on adaptive changes in sweating activity. Jpn J Physiol1988;38(4):479-90.
  12. Kilbourne EM, Choi K, Jones TS, Thacker SB. Risk factors for heatstroke. A case-control study. JAMA1982 Jun 25;247(24):3332-6.
  13. Naughton MP, Henderson A, Mirabelli MC, Kaiser R, Wilhelm JL, Kieszak SM, et al. Heat-related mortality during a 1999 heat wave in Chicago. Am J Prev Med2002 May;22(4):221-7.
  14. Semenza JC, Rubin CH, Falter KH, Selanikio JD, Flanders WD, Howe HL, et al. Heat-related deaths during the July 1995 heat wave in Chicago. N Engl J Med1996 Jul 11;335(2):84-90.
  15. Bouchama A, Dehbi M, Mohamed G, Matthies F, Shoukri M, Menne B. Prognostic factors in heat wave related deaths: A meta-analysis. Arch Intern Med2007;167(20):2170-6.
  16. Wexler RK. Evaluation and treatment of heat-related illnesses. Am Fam Physician2002 Jun 1;65(11):2307-14.

Mars 2010