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Préoccupation croissante au Canada quant aux maladies transmises par des tiques

Préoccupation croissante au Canada quant aux maladies transmises par des tiques

Il est clair que le risque pour la santé publique que posent les populations de tiques au Canada est en augmentation. Ces populations sont en croissance en ce qui a trait au nombre d’espèces et à l’étendue géographique. Des chercheurs ont été en mesure d’estimer que les tiques se déplacent vers le nord à une vitesse d’environ 35 à 55 kilomètres par année [en anglais seulement]. Cette expansion est rendue possible par les changements climatiques, ainsi que par la déforestation, l’urbanisation et la mondialisation. Les tiques sont présentes dans plus de régions canadiennes que jamais auparavant, et certaines maladies transmises par les tiques sont devenues ou redevenues des préoccupations de santé publique.

Surveillance et tendances

La surveillance des populations de tiques a permis de constater la hausse du nombre de régions canadiennes où les tiques à pattes noires (Ixodes scapularis et Ixodes pacificus) sont émergentes et endémiques. La majeure partie de la Nouvelle-Écosse et des régions du Manitoba, de l’Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Colombie-Britannique sont habitées par des populations de tiques, généralement le long de la frontière sud. Depuis les années 1990, le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) surveille les populations de l’espèce Ixodes cookei, la tique généralement associée à la marmotte plutôt qu’au cerf. L’étendue géographique de cette tique est aussi en expansion, et l’espèce a été détectée dans toutes les provinces de l’est à partir du Manitoba. La tique étoilée d’Amérique (Amblyomma americanum), une tique plus grosse et plus agressive que les espèces Ixodes, est aussi de plus en plus présente au Canada. Cette espèce, endémique dans le sud-est des États-Unis et au Mexique, a été détectée en Ontario [en anglais seulement], mais les populations n’y sont possiblement pas encore tout à fait établies. Une étude états-unienne a révélé que l’étendue géographique de la tique étoilée d’Amérique croît de façon importante vers le nord [en anglais seulement].

La région la plus au nord où les populations de tiques pourraient survivre et s’établir au Canada demeure inconnue. Les tiques peuvent parcourir de courtes distances sur des hôtes comme les cerfs ou les rongeurs, mais les oiseaux chanteurs migrateurs peuvent transporter des tiques des régions subtropicales vers des régions beaucoup plus nordiques [en anglais seulement]. Il est difficile de déterminer si les tiques pourront s’établir dans ces régions, notamment en raison des changements climatiques. Les tendances régionales de réchauffement et de refroidissement à l’intérieur de certains microclimats peuvent décider si les populations de tiques survivront ou non à l’hiver. Des chercheurs mettent sur pied des modèles et des outils [en anglais seulement] visant à mieux cibler les régions les plus susceptibles de voir une émergence ou une réémergence de certaines espèces de tiques dans l’avenir. 

Au-delà de la maladie de Lyme

Le cadre fédéral canadien sur la maladie de Lyme fait état des inquiétudes croissantes au Canada relativement aux maladies transmises par les tiques. D’un bout à l’autre du pays, il y a une augmentation nette des infections liées aux tiques autres que la maladie de Lyme [en anglais seulement]. L’anaplasmose (aussi connue sous le nom d’anaplasmose granulocytaire humaine [AGH]) entraîne souvent des symptômes semblables à ceux de la grippe qui apparaissent d’une à deux semaines après une morsure de tique. Le Manitoba, l’Ontario, le sud du Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse comptent de plus en plus de cas d’AGH chez l’humain. Le virus de Powassan, qui cause chez l’humain une encéphalite potentiellement mortelle, est principalement transmis par l’espèce Ixodes cookei et a été détecté en Ontario; toutefois les cas de Powassan demeurent rares [en anglais seulement]. L’émergence de la tique étoilée d’Amérique au Canada s’accompagne aussi de nouvelles préoccupations pour la santé. Cette tique a été associée à plusieurs maladies, dont l’ehrlichiose et l’infection au virus Heartland, et plus récemment, le syndrome alpha-gal, qui peut mener à une allergie à la viande rouge [en anglais seulement]. On prévoit que d’autres maladies graves, comme la babésiose et l’infection à Borrelia miyamotoi, apparaîtront au Canada à mesure que croîtront les populations de tiques.

Risques émergents

Au sud de nos frontières, les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis surveillent la menace associée à l’invasion récente de la tique asiatique à longues cornes (Haemaphysalis longicornis). Détectée pour la première fois dans le New Jersey en 2017, la tique s’est répandue dans huit autres États en seulement deux ans. Cette tique se nourrit du sang des animaux de compagnie, sauvages et d’élevage, et des humains. Contrairement aux autres tiques, celle-ci peut se reproduire sans s’accoupler et pondre jusqu’à 2 000 œufs à la fois. Ainsi, des milliers de tiques peuvent se trouver dans certaines zones précises sur des bovins, des animaux de compagnie ou des personnes. Dans les régions où elle est devenue endémique, cette tique menace sérieusement les animaux d’élevage. Les morsures de tiques asiatiques à longues cornes peuvent causer différentes maladies, comme la maladie de Lyme et des encéphalites, et transmettre le virus de Powassan. À l’heure actuelle, aucun cas chez l’humain n’a été signalé aux États-Unis, et au début de 2019, les tiques asiatiques à longues cornes n’avaient jamais été détectées au Canada.

Importance de la gestion de l’environnement et de la surveillance 

Une approche de gestion intégrée s’appuyant sur de l’expertise en santé publique et dans d’autres domaines serait avantageuse pour réduire le risque pour la santé publique associé aux tiques. Les avancées en gestion de la faune et en aménagement paysager offrent de nouvelles solutions pour le contrôle des populations de tiques. Un meilleur contrôle et un meilleur traitement des hôtes comme les cerfs, les souris et les autres petits mammifères peuvent se faire en adoptant des stratégies comme la régulation des populations, l’utilisation d’un acaricide topique et l’installation de barrières physiques qui éloignent les hôtes des humains [en anglais seulement].

L’aménagement paysager permet aussi de réduire le nombre de tiques présentes dans une zone. Par exemple, on peut réduire le nombre d’espaces ombragés et boisés dans les parcs et les cours, garder la pelouse courte et faire pousser des plantes nécessitant moins d’eau pour rendre l’environnement moins propice aux tiques. Ces stratégies peuvent être employées par les résidents et les urbanistes [en anglais seulement] et par les personnes responsables de l’aménagement et de l’entretien des parcs.

La surveillance des tiques par les communautés de santé publique et de médecine vétérinaire est aussi essentielle pour cibler les endroits où une gestion environnementale sera nécessaire. Des chercheurs canadiens ont montré que la soumission passive ou volontaire de tiques [en anglais seulement] est utile pour en faire la surveillance. Il existe de nouvelles ressources qui facilitent ce type de surveillance, notamment le portail Web etick qui permet de soumettre en ligne des photos de tiques et d’autres données associées.

Le contrôle des populations de tiques et la réduction des contacts avec les humains et les animaux de compagnie sont des stratégies de prévention importantes pour la maladie de Lyme et les autres maladies transmises par les tiques. Ces efforts exigeront la collaboration de nombreux experts issus des domaines de la santé publique, des sciences vétérinaires, de la biologie de la faune, de l’aménagement paysager et de l’urbanisme.

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