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Freiner les supermicrobes

Freiner les supermicrobes

La Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques, qui s’est tenue du 12 au 18 novembre 2018, visait à attirer l’attention sur la prévalence des infections difficiles à traiter parce qu’elles sont causées par des pathogènes résistants aux médicaments antimicrobiens actuellement sur le marché. La résistance aux antimicrobiens (RAM) est un problème dans la mesure où elle peut réduire drastiquement le nombre d’options de traitement pour bien des maladies courantes. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la RAM découle de la surutilisation des antimicrobiens chez les humains et les animaux. Les antibiotiques, les antimicrobiens les plus couramment utilisés, sont conçus pour tuer ou affaiblir les bactéries, mais certaines souches résistantes ne sont pas affectées par ces médicaments. Ces souches survivent au traitement, se multiplient et continuent de causer des maladies. Bien que naturel, ce processus s’amplifie avec le recours accru aux antibiotiques. Le problème a été relevé dès 1945 par Alexander Fleming, 17 ans à peine après qu’il a découvert la pénicilline. Depuis, la RAM prend de l’ampleur. S’il est impossible de l’arrêter, on peut toutefois ralentir la RAM grâce à des stratégies intégrées qui comprennent entre autres des inspections, de la surveillance et de la sensibilisation par les praticiens en santé publique environnementale.

Le Plan d’action fédéral sur la résistance et le recours aux antimicrobiens au Canada de l’Agence de la santé publique du Canada’s (ASPC) est une approche interorganismes coordonnée qui mobilise les intervenants de toutes les régions et de tous les ordres de gouvernement. Ce plan vise à ralentir la RAM et à réduire la propagation des infections associées en :

  • préservant l’efficacité des traitements actuels;
  • réduisant les taux d’infection par la promotion de la santé et la prévention;
  • améliorant la surveillance;
  • faisant la promotion de l’innovation en matière d’options de contrôle et de traitement.

Plusieurs programmes dans le plan de l’ASPC sont étroitement liés à la sécurité sanitaire des aliments. Selon le Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (PICRA), en 2015, 82 % des antimicrobiens utilisés au Canada ont été administrés à des animaux d’élevage. À cause d’une surutilisation dans les pratiques courantes, comme l’administration d’antibiotiques dans la nourriture, en prophylaxie ou pour favoriser la croissance, l’industrie du bétail contribue grandement à la RAM. La figure 1 montre comment une souche bactérienne résistante peut se propager chez l’humain dans la viande, le poisson, les œufs et les produits laitiers contaminés, de même que par le sol, l’eau, les cultures irriguées ou le contact direct avec des animaux infectés. 

Le PICRA surveille la RAM des bactéries Escherichia coli (E. coli), Campylobacter et Salmonella dans les fermes, les abattoirs et les établissements de vente. Ces trois bactéries largement résistantes causent des maladies d’origine alimentaire. Par exemple, en 2014, on a constaté que des souches d’E. coli étaient insensibles à sept antibiotiques utilisés pour le traitement des infections chez les animaux et les humains. La résistance à la tétracycline était particulièrement importante : 69 % des isolats d’E. coli prélevés de porcs, 50 % des isolats de poulets et 20 % des isolats de bovins étaient résistants à cet antibiotique. La Direction des médicaments vétérinaires (DMV) de Santé Canada, en partenariat avec l’Institut canadien de la santé animale (ICSA) et le PICRA, fait la promotion d’une utilisation judicieuse des antimicrobiens importants sur le plan médical.

Le rôle de la santé publique environnementale dans la prévention des infections, une priorité dans le plan de l’ASPC, est d’autant plus important dans le contexte de la RAM. Le fait de réduire au minimum la transmission de pathogènes par la nourriture et l’eau favorise la prévention des infections et diminue le besoin de traitement. Cela pourrait aussi aider à ralentir le processus de la RAM et à prolonger l’efficacité des antibiotiques actuels.