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Empoisonnement au cannabis en Colombie-Britannique : données des appels au centre antipoison

Empoisonnement au cannabis en Colombie-Britannique : données des appels au centre antipoison

Tissa Rahim

Ce billet de blogue est un résumé du récent séminaire « Appels faits au centre d’information sur les médicaments et poisons de la Colombie-Britannique avant et après la légalisation du cannabis [en anglais seulement] », présenté dans le cadre de la série de séminaires de 2019 sur la santé environnementale du CCNSE. Regardez la vidéo pour avoir une description complète du projet et des résultats.

La légalisation du cannabis a suscité des inquiétudes quant à la disponibilité à grande échelle de cette substance psychoactive, disponibilité qui pourrait augmenter la consommation, le risque de consommation accidentelle et le risque de méfaits associés. Même si de nombreux groupes ont sondé les Canadiens sur leur consommation de cannabis et sur leurs perceptions, nous avons une faible compréhension clinique de l’abus de cannabis et de l’empoisonnement, ainsi que de leurs causes. Ainsi, nous avons utilisé des données anonymes d’un centre antipoison, recueillies par des pharmaciens, des infirmiers et des toxicologues certifiés, pour explorer les tendances d’expositions au cannabis et des effets associés durant la période précédant la légalisation (2013-2018). Les données du centre ont révélé que le nombre d’appels liés au cannabis a triplé pendant cette période, et qu’il y a eu une augmentation du nombre d’appels concernant de jeunes enfants. Nous avons également observé les tendances dans les types de cannabis associés à des conséquences nuisibles (p. ex., manger des produits comestibles ou fumer le cannabis), et les changements dans la source des produits de cannabis (p. ex., ressources en ligne, magasins de détail, amis). Les résultats cliniques étaient variables et dépendaient d’un certain nombre de facteurs comme la présence d’autres drogues illicites ou d’autres médicaments.

Qui sont les utilisateurs de cannabis?

Au total, nous avons recensé 2 318 appels liés au cannabis au centre d’information sur les médicaments et poisons de la Colombie-Britannique de 2013 à 2018. Durant cette période, le nombre d’appels par année a triplé, passant de 241 appels en 2013 à 644 appels en 2018. De 2013 à 2016, les appels liés au cannabis concernaient davantage les hommes que les femmes. Toutefois, à partir de 2017, il y avait autant d’appels concernant les hommes que les femmes. L’analyse selon l’âge a révélé que la plus grande augmentation parmi tous les groupes d’âge concernait les appels pour de jeunes enfants (0 à 12 ans). La majorité de ces appels étaient faits par des parents ou d’autres membres de la famille inquiets parce que l’enfant avait consommé des biscuits, des brownies ou des jujubes au cannabis. Ces données soulignent l’importance de créer des produits de cannabis et des emballages qui ne sont pas attrayants pour les enfants et de garder ces produits hors de leur portée.

Sur quels types de cannabis portaient les appels au centre d’information sur les médicaments et les poisons?

Les données du centre ont révélé que le nombre d’appels concernant les produits comestibles et les médicaments à base de cannabis a augmenté, alors que celui des appels concernant les produits de cannabis à fumer a diminué. D’ailleurs, la plupart des appels en raison d’effets indésirables ont été faits par des personnes exposées à de nouveaux produits ou à des produits qui ne sont pas encore réglementés, dont les jujubes, les huiles et les capsules (produits illégaux jusqu’en octobre 2019). Beaucoup de ces produits auraient été achetés dans des magasins ou des ressources en ligne non autorisés. Comme ces produits ne sont pas réglementés, il n’y a pas de doses normalisées et les gens ne savent pas comment les utiliser adéquatement, ce qui a probablement contribué au nombre d’appels reçus.

Pour ce qui est des produits comestibles, nous avons observé une augmentation des appels à propos des bonbons durs, des jujubes et des gelées. L’apparition lente des effets des produits comestibles a semblé jouer un rôle dans ces cas problématiques. Ces appels provenaient souvent de consommateurs adultes débutants en matière de produits de cannabis comestibles qui avaient soit pris une dose initiale trop élevée, soit pris une dose supplémentaire lorsqu’ils ne constataient aucun effet dans une courte période de temps suivant leur première dose.

D’où provient le cannabis?

Bien que la majorité des gens qui ont appelé au centre antipoison n’aient pas révélé la source de leur cannabis, les données ont permis de cerner certaines sources fréquentes, notamment les amis, les produits faits maison, les produits achetés en ligne, le cannabis sur ordonnance, les produits achetés en magasin, le cannabis obtenu d’étrangers, ainsi que les sources « autres », comme l’obtention de produits lors d’événements 4/20, ou l’exposition à de la fumée secondaire. Au cours de la période étudiée, les produits de cannabis étaient de plus en plus achetés en magasin ou en ligne, plutôt qu’obtenus auprès d’amis ou de membres de la famille, ou grâce à une ordonnance.

Quels sont les effets indésirables observés?

Dans la plupart des cas, les expositions au cannabis signalées au centre d’information sur les médicaments et les poisons ont entraîné des conséquences mineures sur le plan clinique. Les enfants accidentellement exposés à des produits comestibles ont généralement ressenti de la somnolence, alors que les adolescents et les adultes se sentaient plus souvent agités et anxieux. Bien que l’exposition au cannabis entraîne rarement à elle seule des conséquences graves chez les adultes, ceux qui consomment du cannabis tout en consommant d’autres substances, comme les drogues illicites et l’acétaminophène en quantité excessive, ont tendance à subir des conséquences modérées plutôt que mineures. Ainsi, la combinaison du cannabis à d’autres substances pourrait accroître le risque de complications plus graves.

Résumé

Avec la croissance de l’industrie canadienne du cannabis et l’apparition de nouveaux produits (p. ex., concentrés, liquides de vapotage), les professionnels de la santé publique auront besoin de mécanismes pour suivre les tendances de consommation de cannabis et réagir aux problèmes émergents. Les données du centre antipoison ne représentent qu’une fraction des expositions au cannabis; elles ne sont donc possiblement pas représentatives de l’ensemble des utilisateurs. Toutefois, l’information détaillée obtenue grâce à ces interactions pourrait se révéler très utile pour l’élaboration de politiques, l’établissement de normes dans l’industrie et la création de campagnes de sensibilisation du public. La population canadienne est actuellement desservie par cinq centres antipoison, qui récoltent tous de l’information sur les expositions au cannabis. En multipliant et en normalisant nos moyens de documenter les appels liés au cannabis, nous pourrons améliorer notre compréhension des expositions à l’échelle du pays et créer une base solide de données probantes pour les interventions potentielles en santé publique.

Tissa Rahim (M. Sc.) est coordonnatrice de projet des services de santé environnementale au Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique. En plus d’analyser les données du centre d’information sur les médicaments et poisons de la province, Tissa est coresponsable d’un projet national